L’architecture de Timişoara: science ou art de construire dans les marais


 Corina Victoria Sein - EDITORIAL

Dans l’essai La Culture technique du Banat s’entrelacent des sujets historiques, sociaux, économiques et culturels. Le livre de Coleta De Sabata, remarquable personnalité scientifique et culturelle, offre aux lecteurs des perspectives conjuguées sur la vie et la culture, la technique et l’histoire du Banat. Sa perspective attire, convainc et captive les lecteurs. Ce n’est pas un ouvrage didactique qu’a voulu écrire ici l’auteur, une suite rigoureusement échelonnée de démonstrations et repères historiques, mais essentiellement un ouvrage qui assemble agréablement des renseignements variés afin de tracer une brève histoire subjective de la recherche scientifique et du progrès technique. « Un livre, dit l’auteur, qui parle de l’amour pour les gens et la terre où je suis née, où j’ai vécu et j’ai été heureuse. » Corina Victoria Sein

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L’architecture d’une ville est étroitement liée à son histoire. Mais elle dépend aussi du sol sur lequel on a construit la ville.
Pour ce qui est de Timişoara, son histoire a été ponctuée de trop de sièges, de trop d’efforts prolongés visant à se défendre, pour que puissent perdurer jusqu’à aujourd’hui des vestiges importants des siècles depuis longtemps écoulés. En plus, le sol marécageux a imposé des règlements stricts en ce qui concerne les fondations et la résistance des immeubles; il en a résulté aussi une limitation de la hauteur des palais. Il ne faut pas oublier non plus que le Banat est traversé par une faille. C’est pourquoi ici se produisent des tremblements de terre plus ou moins puissants, ce qui a fait qu’au moins une fois la citadelle ait été complètement détruite par un tel séisme dévastateur, et que plusieurs fois elle ait souffert des secousses violentes.
Un autre motif pour les changements majeurs des temps modernes s’explique par le fait que Timişoara a longtemps eu plusieurs «centres»; la ville a été soumise à l’ancienne règle militaire, déjà mentionnée, par laquelle on exigeait qu’il y ait autour d’une forteresse un espace libre de toute construction. Le résultat de cette réglementation a été qu’il y a eu au cœur de la ville, autour de la citadelle, une couronne, large d’environ 1 km et vide de bâtiments jusqu’à la fin du XIXe siècle; de même, il y a eu, autour de la citadelle, des fossés et des bastions massifs, caractéristiques des fortifications de type Vauban; ultérieurement on n’a pu les démolir qu’avec grande difficulté. Mais grâce à cette situation, on a pu y construire un centre﷓ville uniforme et moderne du point de vue architectural, qui donne de l’équilibre et de l’élégance à la capitale du Banat. C’est toujours ici qu’au XXe siècle on a érigé deux universités – « polytechnique » et « de l’Ouest », y compris la cité universitaire comptant plus de 20 foyers d’étudiants et plusieurs grandes cantines – ainsi que les quartiers de villas, entourées de rosiers, typiques de la ville; ces structures architecturales modernes sont assez inhabituelles pour le centre d’une ville ancienne de plus de 700 ans, dominée, pendant des centaines d’années, par une citadelle Vauban. De là résulte la spécificité tout à fait insolite de Timişoara.
Les quartiers apparus pendant la domination ottomane ou après la libération du pouvoir des Turcs – Fabric, Elisabetin, Iosefin, Mehala, Fratelia, etc. – avaient leur propre systématisation et seront reliés à la « citadelle » par les lignes de transport en commun, dont l’état de développement dès le XIXe siècle n’était pas dû au hasard.
Pendant des siècles Timişoara a eu sa vocation de forteresse, ce qui a fait que son architecture – même s’il y en a peu de traces aujourd’hui – ait été dictée par ce but et désidérata.
En 1719, juste après la libération, on a commencé la construction de la « caserne transylvaine », la plus grande construction d’Europe, longue de 483 mètres, c’est-à-dire presque un demi-kilomètre; elle a été érigée à l’endroit de certains des anciens fossés de défense; ensuite, toujours conformément à cette idée, on commence en 1723 la construction de la nouvelle citadelle, travaux qui ne prendront fin qu’en 1765; on érige, en parallèle, des casernes pour les troupes et les commandements militaires, des logements pour les officiers, et d’autres corps de bâtiments nécessaires au déroulement de ces amples activités militaires, et, de façon connexe, administratives. On se met à reconstruire fébrilement, comme pour rattraper le temps perdu pendant l’occupation ottomane.
En l’an 1730 on termine le palais du Conseil communal du magistrat allemand, en 1754 le palais de l’Administration civile; on travaille intensément à la construction de l’hôpital militaire, du siège de la garnison militaire, mais on passe aussi à l’alimentation en eau par moyens mécaniques (1732); la croissance démographique et les besoins de la consommation en eau imposeront la construction d’un aqueduc, qui sera réalisé dans le quartier Fabric.
La vie spirituelle non plus n’est pas négligée par ceux qui dirigent les collectivités. On érige beaucoup d’églises et de lieux de culte: l’église épiscopale serbe (1784), l’église diocésaine catholique (1734-1773), l’église orthodoxe de la place Crucii (1727), une maison de prière pour les juifs. Les piaristes construisent eux aussi un immeuble à deux étages qui abrite une école et une église. Les frères de la Miséricorde offraient des services sanitaires à la population dans un immeuble datant d’avant 1737.
Il est magnifique de s’imaginer ce monde frémissant, gai, agité, résolu, d’un dynamisme extraordinaire, capable de faire tous les efforts nécessaires pour améliorer sa vie. Tout le monde travaille, personne n’attend que d’autres viennent faire quelque chose à sa place, on s’entraide, on investit, on fait des efforts gigantesques pour progresser à grands pas.
Avec un petit effort mental, nous pouvons nous imaginer les élégants officiers de l’armée impériale passer à cheval dans les rues à peine tracées, les belles dames et demoiselles, habillées en robe d’époque et sorties se promener, se faisant admirer par les jeunes gens, les commerçants, au seuil de leurs boutiques encore modestes, épiant les passants dans l’attente de clients, les artisans laborieux travaillant dans leurs ateliers mal éclairés, tous pris dans le tourbillon des grands changements de la fin du XVIIIe siècle puis du XIXe siècle.
Maisons particulières, hôtels, restaurants, cafés, boutiques, tous augmentent en nombre; certaines sont des constructions à un étage, élégantes, soignées, comme le célèbre hôtel-restaurant «Trompeta», déjà mentionné, qui a même hébergé des têtes couronnées.
Ultérieurement, Timişoara a été surnommée « la petite Vienne » car son architecture a été essentiellement influencée par l’important centre culturel et administratif dont le Banat dépendait – l’élégante capitale de l’empire d’Autriche – quoique, au fil des siècles, cette région ait appartenu aussi à d’autres puissances.
Même s’ils vivaient aux confins de l’Empire, les habitants du Banat ont aimé les idées qui fermentaient dans les changements essentiels du XIXe siècle, et dont elles étaient imbibées. Par conséquent, en matière d’art aussi ils ont préféré l’innovation, le renouvellement, la modernisation, l’ouverture vers l’avenir. Leurs richesses s’accumulaient rapidement, c’était au tour de la ville de les représenter. (…)

La Culture technique du Banat, Coleta De Sabata, Editura Excelsior Art, 2014

Traducerea în limba franceză: Georgiana Lungu-Badea.

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